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De la vie à la mort, une histoire sur le deuil

Première partie

Comment expliquer la mort à un enfant?

Fabien demande où est son grand-père!

Un dimanche après-midi, j’accompagne deux amis dans un parc. Fabien âgé de 6 ans demande tout d’un coup à sa mère Lara : « Pourquoi grand-père ne vient-il plus nous voir ? » Réponse : « Il est parti faire un grand voyage. Mais quand reviendra-t-il alors ? » demande encore le jeune garçon. Réponse : je ne sais pas, ton grand-père seul le sait » . « Alors je l’attendrai, je l’attendrai et il s’en va jouer ». Lara fut soulagée que son garçon aille jouer en espérant qu’il ne posera plus de questions. Mais à son grand étonnement, elle entend son garçon parler avec ses copains dans le parc. « Vous savez la bonne nouvelle ? Mon grand-père est parti faire un grand voyage. Mais il reviendra. J’espère qu’il ne m’a pas oublié. Car faire un grand voyage c’est un temps long, long, long. Mon grand-père est très gentil. Au cours de son voyage, il visitera sûrement beaucoup de pays. Il me rapportera des tas de cadeaux comme d’habitude lorsqu’il viendra rendre visite à mon père et à ma mère. Il me prendra dans ses bras et peut-être je vous le présenterai ».

des bancs vides quand les êtres chers disparaissent

Cacher la vérité pour protéger

Quand la mère a entendu toutes ces paroles, son cœur était brisé. Car pourquoi ne pas avoir dit plus tôt la vérité le jour du décès ou de l’enterrement du grand -père? Impossible se dit-elle en elle-même. Laissant le jeune garçon profiter de jouer avec ses copains, la mère se pose des tas de questions. A commencer par celle-ci : Qu’est- ce qui m’empêche de dire la vérité ? Maintenant je suis liée à un mensonge que je ne me pardonnerai jamais. Qu’est ce qui m’empêche de dire la vérité ? Moi, c’est moi qui suis concerné. Ce grand-père n’est-il pas aussi mon père? Et comment se fait-il que je suis arrivée à nier cette mort face à mon enfant ? Bien sûr, si je dis qu’il est toujours vivant quelque part, il restera toujours vivant pour moi. Mais non, c’est faux car il est vraiment mort. Il ne peut plus revenir. Personne n’est jamais revenu en étant mort pour dire qu’il est encore là avec nous. Ah, ça s’embrouille dans ma tête. Tout se mélange. Reprenons : encore une fois qu’est-ce qui m’empêche de dire la vérité ? J’aime trop mon garçon que je ne veux pas qu’il souffre. Je voudrai le protéger. Mais est-ce que c’est juste ? Car son grand-père ne reviendra pas. Je lui ai fait une fausse promesse en disant qu’il va revenir. Quelle catastrophe ! Il ne faut pas qu’il découvre la vérité. Il est bien trop jeune.

cacher la mort à un enfant

La mort ça fait souffrir

Reprenons encore une troisième fois : qu’est ce qui m’empêche de dire la vérité que son grand-père est mort ? Mais oui, c’est ça, il est mort. Non, je ne peux pas accepter cela. Non, il est vivant ! Ce n’est pas cela que je veux dire. Il est mort mais il nous voit. Mais comment ? C’est absurde car je ne le vois même pas. Il faut que je me calme. Je vais boire un peu d’eau de cette bouteille que je serre si fortement dans ma main. Si cette bouteille était un être vivant il serait mort aussi depuis longtemps car je ne le laisser même pas respirer. La différence avec le grand père de Fabien c’est que la bouteille est un objet. Quand il n’y aura plus d’eau dans la bouteille, je pourrai dire : c’est fini, il n’y a plus rien. Je peux te jeter. Tout le monde le saura. Mais l’être humain ? Non, je me suis occupée de son enterrement mais je l’ai caché à mon garçon. Cacher : un bien grand mot. C’est de l’ordre du mystère que je transmets à mon garçon. Oui la mort n’est pas bonne. Elle fait souffrir, elle fait pleurer. Or je me suis mis à l’idée de cacher tout cela. Je le cache à mon garçon. Alors qu’il est notre seul descendant actuellement. Alors si je m’interdis de faire connaître la mort du grand-père c’est que je nie moi-même la mort de mon père.

un ange dans le ciel
"C’est de l’ordre du mystère que je transmets à mon garçon.”

Ressentir le vide

Dans ma famille, j’ai rarement entendu une discussion sur la mort. J’ai 40 ans et tout d’un coup je suis confrontée à cela. Depuis deux semaines je ressens un déséquilibre en moi. Le vide, l’absence, mais surtout la séparation. En effet la séparation : plus de visite, plus de sourire, plus de salutation, plus de caresse, plus de père qui est devenu votre confident. C’est la rupture. Dois-je aussi infliger à mon garçon cette grande peine? En plus, j’en veux à tout le monde de ce vide, de cette absence. Comment puis-je m’en sortir? Plongée dans mes pensées, mais tout d’un coup mon garçon crie : « maman, maman, le grand-père de mon copain est au Canada, il lui a téléphoné ce matin. Le mien pourrait-il nous appeler ? ». Viens, rentrons dit Lara. Sur le chemin Lara ressent malheureusement une culpabilité intense. Je marche derrière eux suivant leur pas en me posant deux questions : « Est-ce l’individu ou la société qui nous pousse à occulter la mort? Comment expliquer la mort à un enfant ? »

désert aride
Lin LAY

Lin LAY

Lin Lay est une femme qui a travaillé dans l'accompagnement des personnes en fin de vies. Elle intéresse à la Psychologie, au développement personnel et à la Spiritualité.

Pour aller plus loin:

sur le chagrin et le deuil

Elisabeth Kubler-Ross

La vie après la vie

Raymond Moody
la vie après la vie
7 bonnes raisons de croire à l'au-delà

Les 7 Bonnes raisons de croire à l'au-delà

Dr Jean-Jacques Charbonier